Van Gogh est-il redevable à la société liégeoise Vieille-Montagne ?


Vieille Montagne

© Maugendre, Société anonyme des mines et fonderies de zinc de la Vieille Montagne – Moresnet, Vue des Usines, prise de la cour, lithographie, 1850-1851, Musée Wittert ULiège, inv. 58612 (© Musée Wittert ULiège)

Aux 19e et 20e siècles, le pigment blanc utilisé par la plupart des artistes était le traditionnel blanc de plomb. Van Gogh, lui, avait souvent recours au blanc de zinc qui permettait de meilleurs empâtements. Il utilisait fréquemment le blanc de zinc et le blanc de plomb ensemble pour la même oeuvre. Il y a de bonnes chances que la pâte qu'il utilisait avait été fabriquée dans une des usines de la société liégeoise Vieille-Montagne.

Les débuts de l'industrie du zinc

Au 18e siècle, bien qu’on connaisse la toxicité du blanc de plomb, on continue à l’utiliser tant en peinture qu’en cosmétique, faute d'un substitut abordable. L’oxyde de zinc (ZnO) ou blanc de zinc est alors bien connu, depuis l’Antiquité déjà, mais on n’a pas encore trouvé le moyen d’en produire industriellement. Il se vend donc quatre fois plus cher que l’oxyde de plomb.  

Ce n'est qu'à la toute fin du 18e siècle qu'un chimiste liégeois, le chanoine Jean-Jacques Dony (1759-1819), imagine un four particulier pour l’extraction du zinc. En 1805, Dony obtient la concession du riche gisement de la Vieille-Montagne (Altenberg) à Moresnet. Il crée son usine dans le quartier de St-Léonard à Liège en 1809 et démontre ainsi l'efficacité de son procédé. C’est cette invention qui donnera l’impulsion à l’industrie du zinc.

Maugendre site de Moresnet Vieille Montagne

© Musée Wittert

Adolphe Maugendre, Société anonyme des Mines et Fonderies de zinc de la Vielle Montagne, lithographies ,1850-1851. À gauche : Moresnet – Gîte Nord & plan incliné, inv. 58608 - À droite : Plaine du Minerai, inv. 58611.
 

Pour promouvoir son entreprise de zinc, Dony aurait réalisé, entre 1809 et 1812, une baignoire de voyage en zinc laminé, munie d'un chauffe-eau qu'il aurait offerte à Napoléon !  

Malheureusement, Dony fera faillite assez rapidement, n'ayant pu trouver suffisamment de débouchés. Ruiné, il cèdera son usine en 1819 à un de ses associés, Jean-Dominique Mosselman, qui créera avec ses enfants en 1837 la Société des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille Montagne.

La Vieille-Montagne, leader mondial

La société anonyme liégeoise Vieille-Montagne devient rapidement leader mondial en matière de production de zinc brut et laminé, avec des sièges en France et en Angleterre. Elle continuera à se développer au milieu du 19e siècle sous la conduite de Louis-Alexandre Saint-Paul de Sinçay (1815-1890), ingénieur d'origine parisienne, diplômé de l'Université de Liège, en absorbant des sociétés belges puis étrangères.  

À la fin des années 1840, la Vieille-Montagne, s'adjoint l'industriel parisien Edme-Jean Leclaire (1801-1872) et avec lui met au point un procédé de fabrication d’un blanc de zinc très pur, par combustion. La société développe alors de nouvelles usines à Angleur, Moresnet, Flône et Valentin-Cocq. L’usine Valentin-Cocq à Hollogne-aux Pierres devient même la capitale mondiale du blanc de zinc. 

Vanté pour son absence de risque pour la santé humaine, le caractère permanent de sa blancheur et sa transparence adaptée aux mélanges des coloristes, le blanc de zinc se fait vite une place dans le secteur de la peinture et remplace progressivement le blanc de plomb. 

Album de Sincay ouvriers du zinc

© MMIL - inv MNF000127

Photos extraites d'un des albums de Louis-Alexandre Calley Saint-Paul de Sinçay (1815-1890), albums classés trésors du patrimoine mobilier de la Fédération Wallonie Bruxelles. À gauche : Léonard-Hubert Zeyen, Guillaume Martens et Jean Vanbrabant, brigadiers, usine de Valentin-Cocq, 1868. À droite : Léonard-Hubert Zeyen, Coppé, fondeur, usine de Tilff, 1868. 

 

blanc de zinc en pâte pour artistes

© MMIL Tube de pâte de blanc de Zinc pour artistes de la Société de la Vieille Montagne - MMIL-300002

 

La pollution impose de nouveaux procédés

Le four de Dony pose toutefois un problème de pollution important. Très gourmand en charbon, il produit d’épaisses fumées chargées de souffre et de plomb qui en retombant détruisent la végétation aux alentours des usines et provoquent des maladies aux riverains ou au bétail. Après avoir longtemps nié toute toxicité et financé d’importantes études (par des experts amis de l’entreprise) pour prouver le caractère inoffensif des fumées, la Vielle-Montagne sera finalement forcée d’atténuer ses nuisances et de chercher de nouveaux procédés moins polluants. Sur le site de Viviez, en France, la Vieille-Montagne procédera par électrolyse dès 1922. Mais les fonderies liégeoises continueront à utiliser le procédé thermique jusqu’en 1960.

Autour des usines et des sites miniers, sur des sols gorgés de métaux lourds, s’est développée une végétation métallotolérante qu’on appelle calaminaire. Ces espaces sont désormais protégés pour les plantes et les insectes rares qui s’y trouvent.  

Liège, toujours leader du marché européen

Après la Première Guerre Mondiale, les débouchés du blanc de zinc se multiplient : le caoutchouc, la parfumerie, la pharmacie, la verrerie, la céramique et encore aujourd’hui l'électronique, les polymères et les nanotechnologies. La seule société liégeoise qui produit encore aujourd’hui de l’oxyde de fer est implantée dans l’ancienne usine de la Vieille-Montagne à Angleur. Il s’agit de la société EverZinc, leader européen de ce marché. 

zinc Vieille Montagne cachet or

© MMIL - inv VM.197

Les collections de la Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège

Les collections du Musée Wittert

modifié le 16/10/2025

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