L’agriculture inventée 65 millions d’années avant l’Homo sapiens? 


Atta cephalotes (DeepPRIME XD2) (T) A1 23-08-2025 Tania Stragier

© Atta Céphalote d'Hexapoda. Photo Tania Stragier

On pense souvent que l’agriculture est le propre de l’homme. Or, il existe quelques espèces d’animaux qui la pratiquent. Mais les plus anciens être vivants à avoir pratiqué l’agriculture semblent être… les fourmis ! 

Philidris nagasau 

Les fourmis agricultrices ne poursuivent pas toutes un objectif alimentaire. Ainsi, sur l’île de Fidji, des fourmis de l’espèce Philidris nagasau cultivent des plantes pour qu’elles leur offrent un abri. Ces fourmis collectent des graines qu’elles vont planter dans des fissures d’écorce d’arbres. Elles montent alors la garde pour protéger les plantations des prédateurs. En se développant, les jeunes plantes forment des sortes de chambres creuses.  Les fourmis vont y déféquer pour fertiliser la plante et l'aider à pousser. Quand ces chambres creuses sont assez grandes, une partie de la colonie de fourmis va s’y abriter. Les colonies peuvent s'étendre sur plusieurs dizaines de ces chambres creuses. 

Les fourmis champignonnistes  

Certaines espèces comme les fourmis coupe-feuilles des Amériques (Atta et Acromyrmex) cultivent des champignons, qui représentent leur principale source de nourriture, dans de véritables fermes souterraines.  

Atta cephalotes (DeepPRIME XD2) (T) A2 23-08-2025 Tania Stragier

© Atta Céphalote d'Hexapoda. Photo Tania Stragier
Ces fourmis champignonnistes se répartissent en castes, avec chacune une taille, voire une morphologie, et une fonction spécifiques. Chaque fourmi a ainsi un rôle parfaitement défini. Un premier groupe d’ouvrières a pour tâche de rechercher la matière végétale appropriée pour nourrir le champignon et y attirer les coupeuses. Celles-ci découpent des morceaux de feuilles et les ramènent au nid. Les fourmis ne peuvent pas manger ces feuilles, elles sont uniquement destinées au champignon. Dans la ferme, d’autres ouvrières réduisent les feuilles en tout petits fragments qu’elles malaxent pour en faire de minuscules boulettes qui nourriront le champignon. Elles en font aussi du substrat dans lequel elles plantent des filaments qu’elles arrachent au champignon, pour développer la culture. Enfin, les plus petites des ouvrières entretiennent les plantations et veillent à ce que ni parasite ni maladie ne les affecte. Elles maintiennent aussi la température et le taux d'humidité adéquats en ouvrant et fermant les tunnels.  Un dernier groupe d'ouvrières s'occupe du couvain, prenant soin des oeufs et des larves.

Fourmis Atta sexdens (c)Dinkum

© Atta Sexdens. Photo Dinkum

Protection des cultures 

Pour maintenir les cultures en bonne santé, les fourmis agricultrices ont des partenaires très efficaces : des bactéries qui produisent des substances antibiotiques agissant comme un véritable pesticide bio. Les fourmis ouvrières sont couvertes de ces micro-organismes qu’elles appliquent à la surface du champignon pour prévenir les infections.  Elles fabriquent même des sécrétions particulières pour nourrir ces bactéries. 

Cette utilisation de bactéries comme pesticides naturels pourrait être une bonne idée pour l’agriculture humaine, une solution plus respectueuse de l’environnement que les pesticides chimiques. C’est en tout cas un modèle inspirant, actuellement à l’étude. 

Nouvelle colonie 

Quand la reine quitte le nid, elle stocke dans sa cavité buccale un peu du mycélium du champignon. Après s’être fait féconder, elle creuse dans le sol un petit tunnel puis une petite chambre où elle crache le mycélium pour créer un nouveau jardin, qu’elle fertilise avec ses excréments. Et elle pond. Les premières ouvrières se développent. Après une semaine, elles sortent du nid et commencent à aller chercher de la nourriture pour le champignon. 

Photographie de gongylidia (G) et de staphylae (S) dans un jardin de champignon entretenu par des fourmis champignonnistes de l'espèce Acromyrmex echinatior (c)Henrik H. De Fine Licht, Jacobus J

© Photographie de gongylidia (G) et de staphylae (S) dans un jardin de champignon entretenu par des fourmis champignonnistes de l'espèce Acromyrmex echinatior (c)Henrik H. De Fine Licht, Jacobus J

Depuis 65 millions d’années ! 

Grâce à des études génétiques très poussées sur 547 espèces de fourmis et 475 espèces de champignons, des chercheurs ont pu remonter cette co-évolution à la chute de l’astéroïde géant qui a provoqué l’extinction des dinosaures (entre autres), il y a 65 millions d’années. Selon cette étude, c’est le cataclysme qui les aurait forcées à cultiver des champignons vivant alors à l’état naturel. Elles ont depuis sans cesse perfectionné les techniques. Il y a environ 30 millions d’années, vraisemblablement en raison d’un changement climatique, elles auraient emporté les champignons dans leurs habitats et créé de véritables fermes souterraines. 

 

Venez découvrir cette ingénieuse créature à l’Insectarium-Hexapoda.

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modifié le 13/10/2025

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