Des lettres sous enveloppe au 3e millénaire avant notre ère
Les premiers textes en écriture cunéiforme datent de la fin du 4e millénaire avant notre ère. Le support en est la tablette d’argile, sur laquelle le scribe imprimait des signes en forme de coins (cuneus en latin), avant de la laisser sécher et durcir à l’air libre.
Ces tablettes sont d’abord, et en grande majorité, des documents administratifs et comptables provenant d’organisations telles que les temples ou les palais. On y trouve également quelques listes lexicales, dont la fonction principale est l’apprentissage de l’écriture cunéiforme.
Puis progressivement, au cours du 3e millénaire, l’écriture sert à noter des textes privés, juridiques (contrats de prêt, vente immobilière, par exemple), officiels ou savants.
Les plus anciennes lettres en écriture cunéiforme datent de la seconde moitié du 3e millénaire. Dès l’époque d’Akkad (23e-22e siècles av. J.-C.), elles pouvaient être de nature officielle et/ou privée. De milliers de lettres datant du 2e millénaire nous sont parvenues. Elles nous permettent de mieux comprendre les relations entre les souverains, leurs cours, les messagers officiels, les marchands et les particuliers.
L’invention de l’enveloppe
Selon la « légende de Sargon », Ur-Zababa, roi de Kiš (près de Babylone), aurait envoyé une lettre à Lugal-Zagesi, roi d’Uruk, vers 2340, dans laquelle il lui demandait de supprimer le messager, qui n’était autre que le futur Sargon d’Akkad (qui, après avoir libéré le peuple de Kiš, unifia la Mésopotamie du Sud). Il fallait donc dissimuler le contenu de la lettre au messager. C’est ainsi que l’enveloppe aurait été inventée.
Il est vraisemblable que cette invention ait plutôt servi d’abord, dès la fin du 3e millénaire, à garantir le contenu de documents administratifs et comptables, ainsi que des actes de prêt. Le besoin de préserver la confidentialité des lettres est au moins attesté dès le 21e siècle avant notre ère. Mais c’est au cours du 2e millénaire, que le style épistolaire se développe largement.
L’enveloppe
Pour réaliser l’enveloppe, on recouvrait la tablette, une fois durcie, d’une couche d’argile, en veillant à ce qu’elle n’adhère pas à la tablette.
Dans le cas des contrats, l’enveloppe portait généralement une copie du texte, ce qui permettait de le consulter sans devoir la briser, ainsi que les empreintes des sceaux-cylindres des parties et des témoins.
Le sceau-cylindre est un petit objet cylindrique unique et personnel, gravé d’une scène miniature et d’un cartouche, qui permettent d’identifier son utilisateur. On le faisait rouler sur la tablette d’argile encore humide, pour qu’il y laisse une empreinte continue.
En cas de contestation de l’authenticité ou de la validité du texte figurant sur l’enveloppe, celle-ci pouvait être rompue afin de vérifier le contrat ou l’acte administratif.
Pour les lettres, l’enveloppe ne reproduisait évidemment pas le contenu, sa fonction première étant de préserver le message des regards indiscrets, mais elle indiquait le destinataire et l’expéditeur, et un sceau pouvait y avoir été déroulé. La plupart de ces enveloppes ont bien sûr été brisées ou ouvertes dans l’Antiquité par leur destinataire pour prendre connaissance du message, mais certaines ont été conservées intactes (ou partiellement intactes).
Il est intéressant de noter que l’étude de tous ces documents montre que les femmes, tout comme les hommes, pouvaient disposer de leur propre sceau-cylindre, et qu’elles pouvaient mener des activités économiques et des transactions financières, établir des contrats ou envoyer des lettres.
Lire à travers l’enveloppe
Jusqu’à récemment, l’étude des tablettes encore sous enveloppe nécessitait de briser ces dernières, ce qui endommageait parfois leur contenu, ou les empreintes et éléments textuels présents sur l’enveloppe. Grâce aux techniques modernes de tomographie et de modélisation 3D, il est désormais possible de lire les documents sans les ouvrir, comme l’ont démontré des travaux menés à l’université de Leyde ainsi que ceux des équipes du CNRS de Paris en collaboration avec l’université de Hambourg.
