Sans chauve-souris, pas de téquila ?
Dans les déserts et les zones sèches du Nouveau-Monde, on trouve plusieurs cactus et agaves qui ont comme points communs particuliers qu’ils ne fleurissent et ne libèrent leurs parfums que la nuit. Dès lors, ils ne sont que très peu pollinisés par des insectes ou des oiseaux diurnes ! Ils dépendent donc presque entièrement d’animaux nocturnes. En l’occurrence, il s'agit d’une chauve-souris à long nez (Leptonycteris yerbabuenae). Sans elle, ils ont beaucoup de difficultés à se reproduire au point qu'ils risquent de disparaître !
Cette petite chauve-souris dispose d’un excellent odorat qui lui permet de capter de loin les parfums libérés par les fleurs de cactus et d’agave. Son museau allongé et sa longue langue conviennent parfaitement pour aller chercher le nectar tout au fond des grandes fleurs. Le nectar des fleurs de cactus et d’agaves constitue presque exclusivement sa nourriture au printemps, de même que leurs fruits et leurs graines à l’automne. Pendant qu’elle se gave de ce nectar, elle se couvre involontairement de pollen, qu’elle transporte ensuite de fleur en fleur, provoquant ainsi leur fécondation. De plus, il semble que les graines dispersées par les défécations des chauves-souris ont une germination qui en est facilitée.
À l'Observatoire du Monde des Plantes, on peut admirer plusieurs plantes qui dépendent ainsi des chauves-souris :
Le Selenicereus grandiflorus, appelé fleur de lune ou reine de la nuit, est un cactus grimpant, originaire des zones sèches d'Amérique centrale. Il est particulièrement apprécié pour ses très grandes fleurs blanc crème qui s’épanouissent le temps d’une seule nuit et dégagent un parfum enivrant. Le lendemain matin, on peut encore voir la fleur un petit moment, avant qu’elle ne fane.
Le Ceiba acuminata malgré ses énormes épines n’est pas un cactus, c’est un arbre de la famille des Malvaceae de 8 à 12 m de hauteur. Il est originaire du Mexique où il occupe des habitats de forêts sèches décidues. Les épines impressionnantes couvrant le tronc et les branches de l’arbre servent à la défense vis-à-vis des animaux herbivores. À l’Observatoire du Monde des Plantes, l’individu est assez âgé et majestueux !
Le Pachycereus pringlei est l’un des plus grands cactus au monde. Il peut vivre jusqu’à 300 ans et atteindre 20 m de haut. Celui de l’OMP est presque centenaire ! Lui aussi fleurit uniquement le temps d'une nuit, au printemps. Ses fleurs blanches en forme d’entonnoir mesurent 8 à 10 cm de long.
L'agave americain (Agave americana) se retrouve surtout au Texas et au Mexique. Il a de longues feuilles épaisses et charnues, qui peuvent atteindre 2 m de haut, bordées d'épines redoutables. Il produit en été de grandes fleurs d'un jaune verdâtre, au bout de 10 à 20 ans, période pendant laquelle il accumule l'énergie grâce à la photosynthèse et la stocke sous forme de sucre. C'est le sirop d'agave, bien connu pour ses propriétés diététiques. La hampe florale peut s'élever à 6 à 8 m ! Après la floraison et la formation des graines, l'agave meurt.
Agave bleu et chauves-souris en péril
L’agave bleu (Agave tequilana) est originaire du Mexique. Il est cultivé essentiellement pour la fabrication de la téquila dont il est l’ingrédient principal. Le nectar de ses fleurs constitue une part très importante de l’alimentation de la chauve-souris, qu’on appelle d’ailleurs chauve-souris téquila.
Le souci, c’est que pour produire plus et moins cher, et pour plus d'homogénéité des produits, les cultures intensives d’agaves utilisent une technique de reproduction asexuée qui empêche l’agave de fleurir. En plus de poser un problème crucial de nourriture pour la chauve-souris, cette technique diminue aussi les capacités de la plante à s’adapter à son environnement, notamment face au changement climatique, et l’expose davantage aux maladies.
Des chercheurs ont mis au point un programme de culture plus respectueuse des chauves-souris et de la biodiversité. Les producteurs (encore peu nombreux) qui participent à ce programme s’engagent à laisser fleurir une partie des plantes (min 5%). Ils peuvent alors apposer le label "Bat friendly" sur les bouteilles de téquila pour les différencier des autres et attester d’une culture durable qui préserve la biodiversité.
Quelques grandes marques proposent donc une gamme de téquilas “Bat friendly". Cependant, le coût est plus élevé pour le consommateur, qu’il convient donc de sensibiliser, de même que les décideurs politiques qui pourraient mettre en place des incitants financiers pour les agriculteurs...
Pensons-y lors de notre prochain achat de téquila !
