Des traces de déesses au Sart Tilman ?
Dans la mythologie grecque, Astéria, personnification de la nuit étoilée, est née de deux Titans. Pour échapper aux assauts de Zeus, elle se transforme en caille et depuis l’Olympe, se jette dans la mer Égée. Elle devient alors une île flottante, appelée Ortygie (la caille).
Sa soeur Léto, enceinte des oeuvres du même Zeus, s'attire la colère de l’épouse légitime du dieu, Héra. La déesse interdit alors à toute terre d’accueillir Léto pour son accouchement. Après avoir longtemps erré, Léto trouve refuge sur l’île flottante d’Ortygie, qui, n’étant pas rattachée à la terre, échappe ainsi à la malédiction d’Héra. Sur ordre de Zeus, Poséidon crée une voûte d’eau au-dessus de l’île pour la rendre invisible. Ainsi cachée, Léto donne naissance aux jumeaux Artémis et Apollon. En remerciement, Ortygie est alors fixée au fond de la mer par quatre piliers et l'île prend le nom de Délos.
"La Caille" de George Grard, qui figure au Musée d’art contemporain en plein air, fait vraisemblablement référence à ce mythe. Son dos se présente comme une île qui émerge : d’invisible, elle va devenir Δñλος (Délos, visible).
Puis vint Niobé
Une autre oeuvre de George Grard, “Niobé”, prolonge le mythe.
Niobé, belle et orgueilleuse reine de Thèbes, est une mortelle, fille de Tantale. Mère de 14 enfants, elle se glorifie de cette belle fécondité. Un jour, la fille du devin ordonne aux femmes de Thèbes d'organiser un sacrifice en l'honneur de Léto, Artémis et Apollon. Niobé s’y oppose alors violemment. Dans un long discours dédaigneux et arrogant, la reine se targue d’être supérieure à la déesse Léto, puisque bien plus féconde qu’elle. Elle incite même les Thébaines à lui rendre un culte, à elle, plutôt qu’à la déesse. La réaction divine est immédiate : Artémis et Apollon massacrent tous les enfants de Niobé. Celle-ci s'effondre en larmes et se pétrifie littéralement. Devenue statue de pierre, elle est transportée par les vents tout en haut d’une montagne où elle continue à pleurer pour l’éternité.
George Grard (1901-1984)
George Grard est connu pour ses oeuvres représentant le corps féminin, tout en puissance et en sensualité, des nus aux formes pleines, quelquefois dans des tailles monumentales. L’artiste étant féru du classicisme grec et de mythologie, il est tout à fait plausible que le titre de La caille fasse écho au mythe d’Ortygie, bien que lui-même ne l’ait jamais affirmé. Comme souvent chez ce sculpteur, la Caille existe en plusieurs versions de tailles et de matériaux différents. On en trouvera à Coxyde, à Ostende et à Mons.
Quant à la sculpture de Niobé, elle avait initialement été conçue comme une allégorie du printemps. Ce n’est que plus tard que l’artiste lui donna le nom de Niobé. Comme la reine thébaine avant sa chute, elle rayonne de « l’expression heureuse d’un corps épanoui ».
La caille Bronze, Hauteur 58 cm, Longueur 104 cm, largeur 50 cm, 1960, Dépôt de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Niobé ou le printemps, Bronze, Hauteur 128 cm, Longueur 106 cm, largeur 79 cm, 1947, Dépôt de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Les collections du Musée d'art contemporain en plein air
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