Des écrits erronés à la bibliothèque universitaire ?


TH1690-413-414

© Fonds patrimoniaux ULiège Library

Parmi les nombreux trésors de la bibliothèque de l’Université se trouve une édition des Annotations au Nouveau Testament, d’Érasme. Ce texte, qui accompagnait sa traduction latine du texte biblique,  est marqué de nombreux passages rendus illisibles par des ratures, textes barrés en croisillons, collages ou même encrages en noir.

Que s’est-il passé ?

TH1690-437-438 et 713-714

© Fonds patrimoniaux ULiège Library

Érasme a des opinions erronées !

Didier Érasme de Rotterdam (1469-1536) est un homme d’Église et sans doute l’un des plus importants penseurs de l’Humanisme.  Dans ses Annotations, publiées en 1516 et rééditées à plusieurs reprises, il se présente avant tout comme un philologue et grammairien. Cependant, il n’hésite pas à critiquer l’Église, les pouvoirs et la cupidité du clergé et du pape, le culte des reliques, les pèlerinages, les sacrements, le célibat des prêtres, l'interdiction de divorce des fidèles, etc., toutes opinions jugées “erronées ou scandaleuses” voire “nettement hérétiques” par l’Église.

Supprimer les "erreurs"

Pour “réduire à la vraie foi” les écrits de chrétiens obstinés, l'Église romaine publie en 1564 un index officiel des livres interdits. Cet index est publié aux Pays-Bas en 1569. Deux ans plus tard, il sera complété par un Index expurgatorius publié aux frais de la Couronne, précédé de l’édit royal où Philippe II rappelle l’obligation de soumettre à des censeurs nommément désignés par les évêques tous les livres suspects qu’on désirait garder.

Cet Index expurgatoire contient notamment la liste très détaillée et très précise des passages des ouvrages d’Érasme qu’il convient de censurer, liste établie par la faculté de théologie de Louvain. Les ouvrages d’Érasme ont donné beaucoup de travail à la faculté!

Sur la page de titre de l’exemplaire de l’ULiège Library des Annotationes In Novum Testamentum (Bâle, 1542), on peut lire (en latin) le visa du contrôleur, qui a suivi avec zèle les indications de la censure :  “A été expurgé. Fait le 17 novembre 1573. Jacques Carlier, curé de Saint-Maurice et chargé de l’expurgation des livres”.

Erasme - Expurgatus

© Fonds patrimoniaux ULiège Library

 

L’expurgation a permis à plusieurs ouvrages d’Érasme de circuler encore et d’être lus, malgré les nombreux passages rendus illisibles. D’autres ouvrages comme ses Colloques ont été purement et simplement interdits. Cependant, certains lecteurs ont conservé leurs exemplaires non expurgés... en masquant simplement le nom de l’auteur pour tromper la censure.

 

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Les fonds patrimoniaux de l’ULiège Library

modifié le 20/03/2025

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