Est-il risqué de faire la sieste en forêt ?


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© Patrick Corillon, Sieste sur les hauteurs de Liège. Musée d'art contemporain en plein air ULiège. Photo Jean Housen

Oskar Sorti est un écrivain hongrois né à Budapest en 1881 et mort en 1959, en exil à Amsterdam. Dans le domaine du Sart Tilman, l'artiste Patrick Corillon lui a rendu hommage en 1996 dans une oeuvre ambiguë en trois parties intitulée "Sieste sur les hauteurs de Liège", composée à la fois de sculptures et de littérature.

Trois tentatives de sieste 

1

En mars 1919, alors qu’il se promenait dans la forêt de Fontainebleau, Oskar Serti reconnut l’arbre qui avait servi de modèle au peintre Pierre Lipart pour son célèbre tableau intitulé : « La sieste ». La perspective de faire partie intégrante d’un tableau poussa Serti à venir s’allonger au pied de l’arbre dans la même position que le personnage qui y était représenté.
Mais après quelques minutes, il se sentit envahi par une colonne de fourmis. Il se rendit alors compte que ce qu’il avait toujours pris pour une craquelure dans le bas de la toile, représentait en fait le passage des insectes sur les jambes du personnage. Préférant ne pas prendre le risque de vérifier l’origine des autres craquelures qui recouvraient le personnage, Serti se leva en catastrophe et poursuivit son chemin.

2

Un peu plus loin, Oskar Serti reconnut dans l’arbre vénérable qui se trouvait devant lui, l’arbuste au pied duquel il s’était recueilli le soir de ses onze ans. Il se souvint parfaitement du crucifix qui y était accroché et devant lequel il s’était agenouillé en faisant le serment de devenir un jour écrivain.
Malgré sa déception de ne plus y retrouver de crucifix, Serti s’allongea au pied de l’arbre en pensant avec plaisir au roman qu’il venait enfin de publier, et qui, même s’il ne récoltait pas le succès espéré, avait le mérite d’exister.
Serti inspirait de tout son contentement une grande bouffée d’air pur lorsqu’il sentit une petite branche récalcitrante lui pincer le haut du crâne, l’obligeant à rentrer la tête dans les épaules. Mais comme en ce moment d’intense satisfaction, il ne pouvait accepter de se faire rabaisser par quoi que ce fût, il passa la main dans le dos et sectionna la branche d’un coup sec. Il s’aperçut alors avec stupéfaction qu’il tenait entre ses doigts le bras droit du Christ : au cours de son passage à l’âge adulte, l’arbre avait dû englober le crucifix, ne laissant plus passer qu’une main tendue vers l’extérieur.
Serti emporta le bras avec lui, y fixa une plume au niveau de la fracture et décida de l’utiliser pour écrire son prochain roman. Un roman qui laisserait enfin éclater l’étendue de son talent aux yeux de tous ceux qui lui conseillaient pourtant un peu plus d’humilité.

3

Un peu plus loin, Oskar Serti trouva le fameux « Arbre à clous » sur lequel — suivant une superstition profondément ancrée — les gens de la région venaient exorciser leur mal en enfonçant un clou qu’ils avaient auparavant posé à l’endroit de leur douleur.
Dans un élan de solidarité, Serti voulut partager le poids de cette souffrance populaire et s’allongea au pied de l’arbre pour y faire la sieste.
À son réveil, ses cheveux étaient tellement emmêlés dans les clous qu’il dut se les arracher pour retrouver la liberté. Mais à sa grande surprise, il ne ressentit pas le moindre mal, comme si le fait d’avoir précédemment mis son cuir chevelu en contact avec les clous avait éloigné la douleur.
Il s’en alla pourtant rongé par le sentiment d’avoir involontairement détourné à son propre avantage le pouvoir de clous plantés par d’autres ; et ne put s’empêcher, les jours suivants, de venir s’excuser auprès des gens de la région dont une ancienne douleur semblait s’être subitement réveillée.

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© Patrick Corillon, Sieste sur les hauteurs de Liège. MACPA ULiège. Photo Jean Housen

Entre fiction et réalité

Au Sart Tilman, Patrick Corillon a reconstitué en moulages de béton les souches des trois arbres contre lesquels Oskar Serti se serait reposé. Avec le temps, comme le souhaitait l’artiste, des mousses ont partiellement recouvert les œuvres, faisant hésiter entre création humaine et nature, entre fiction et réalité...

En réalité, Oskar Serti est un personnage fictif, sorti de l’imagination de l’artiste, qui revient de manière récurrente dans son œuvre. Corillon aime raconter sa vie imaginaire en mêlant art plastique et écriture. On peut, par exemple, visiter en ligne le musée Oskar Serti qui dévoile différents chapitres de la vie de cet écrivain fictif. 

L’œuvre « Sieste sur les hauteurs de Liège » invite les visiteurs à la promenade dans le domaine du Sart Tilman et à l’observation attentive des abords des chemins, pour retrouver les trois parties de l'oeuvre et entrer dans l'univers imaginatif de leur auteur. La nature ayant fait son travail, elles se distinguent désormais difficilement d'autres souches... 

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© Patrick Corillon, Sieste sur les hauteurs de Liège. MACPA ULiège. Photo Jean Housen

 

Patrick Corillon, Sieste sur les hauteurs de Liège, Béton, 1996

Les collections du Musée d’art contemporain en plein air

 

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updated on 10/07/2026

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